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Xxe congrès de la fédération générale fo construction
Article paru dans FO Hebdo n°3052
Sous son nouveau nom, la Fédération Générale FO de la Construction a tenu son XXe congrès les 7 et 8 novembre au parc Disneyland à Marne-la-Vallée, en Seine-et-Marne. Travaillant dans le bâtiment, les travaux publics, le papier-carton, le bois, la céramique, les carrières ou le négoce des matériaux, quelque 200 délégués ont établi la feuille de route de leur fédération pour les trois ans à venir.
«Depuis notre congrès extraordinaire du 31 mai 2012 qui s’est tenu à Dijon, nous sommes dorénavant réunis sous un seul nom: Construction. Un mot qui nous regroupe, nous fédère et nous solidarise.» Présentant son rapport d’activité, adopté à l’unanimité, Frank Serra, Secrétaire général de la Fédération FO Construction, a souligné que ce nouveau nom symbolise «l’esprit de lutte commune, de camaraderie et d’entraide». Autant de qualités qui ne seront pas de trop dans un contexte de crise. «On voit nos voisins européens s’enfoncer de plus en plus dans la précarité, le nombre de personnes au chômage atteindre des sommets, les plans sociaux augmenter, les investissements en constante baisse dans les travaux publics, le nombre de chantiers en recul..., énumère Frank Serra. Face à cela, on nous propose comme seule solution plus d’économies, plus d’austérité, dont les conséquences seront supportées par les salariés.»
Pour Patrick Gardin (Céramique, Charente), soulignant au passage que FO est la première organisation syndicale dans les deux entreprises de céramique du département, Monier et Terreal, «il faut une autre politique. Personne ne veut connaître ce que vivent nos amis grecs ou espagnols». Déjà, la crise a frappé fort dans l’Hexagone.
Nombreux sont les salariés qui ont perdu leur emploi ou qui vivent sous la menace de le perdre. C’est le cas des salariés de la papeterie Stracel à Strasbourg, du fabricant de meubles Cauval, qui vient de déposer le bilan, ou du groupe Parisot, numéro un du meuble français, placé en procédure de sauvegarde le 7 novembre.
LES INDUSTRIELS ET LES FINANCIERS
Pour autant, certaines entreprises s’en sortent très bien, comme en témoigne Patrick Ardouin (Eurovia Angoulême, branche route de Vinci): «Vinci, c’est le triomphe de la cupidité. Le groupe a racheté les autoroutes, les lignes LGV, des concessions dans l’aéroportuaire... Pour un euro investi, c’est un euro de bénéfice qui tombe dans la poche de Vinci.» Mais pas dans celle des salariés d’Eurovia où les négociations annuelles obligatoires frisent l’indigence. «Dans le secteur des tuiles et briques, renchérit Patrick Gardin, ce sont des financiers qui achètent, qui serrent les boulons et qui revendent jusqu’à la mort de la bête. En 2012, l’objectif est de réduire les stocks, la masse salariale, les “coûts” syndicaux, les frais d’entretien... le tout sans aucun investissement. En 2013, c’est comme si on saignait quelqu’un qui souffre de la faim.»
Toutefois, certains entrepreneurs, en se comportant comme tels, parviennent à tirer leur épingle du jeu malgré la crise. Dans le secteur de l’ameublement, qui a connu des arrêts de production, des licenciements, du chômage technique, l’entreprise familiale Fournier (cuisines Mobalpa, salles de bains, placards), qui compte deux sites en Haute-Savoie, est «passée à travers les gouttes», témoigne Franck Giordano, délégué FO chez Fournier. Nul doute que le plan industriel de 80 millions d’euros, lancé sur cinq ans pour moderniser l’outil de production, y est pour quelque chose. Ainsi, dans une conjoncture peu favorable, le chiffre d’affaires devrait augmenter de 2% à 3% cette année et, fait rare dans l’industrie, les effectifs sont en progression. En matière de salaire, les augmentations sont égales à l’inflation, plus 0,5% par an sur trois ans. Mais il est vrai que la Haute-Savoie est un département où le coût de la vie est élevé alors que le salaire moyen chez Fournier est de 1.500 euros net. Et même si la direction se comporte un peu mieux qu’ailleurs, «un patron reste un patron», relativise Franck Giordano. «Comme nous produisons à la demande, cela exige une grande réactivité, qui se paye chez nous par une grande flexibilité.» Lors du réaménagement de l’accord sur le temps de travail, la direction a proposé de travailler jusqu’à cinq heures de plus par semaine en échange de jours de RTT supplémentaires. FO a combattu ce projet qui entraînait un profond changement de l’organisation du travail, mais il est passé par voie référendaire à seulement deux voix d’écart.
DES ÉLECTIONS À GAGNER ET UNE LOI À ABROGER
FO Construction regroupe des secteurs comptant bon nombre de très petites entreprises. Ainsi, sur les 347.000 entreprises du bâtiment, 327.000 emploient moins de dix salariés; dans l’ameublement, 90% des 72.000 salariés travaillent dans des très petites entreprises (TPE). La fédération est donc particulièrement impliquée dans les élections TPE qui auront lieu du 28 novembre au 12 décembre 2012. Dans ces TPE où il n’y a ni présence syndicale, ni accord d’entreprise, la convention collective de branche est la seule protection de ces salariés. Des conventions collectives fragilisées par la loi du 20 août 2008 portant réforme de la représentativité syndicale, qui tend à remettre en question le principe de la règle la plus favorable pour le salarié. «FO s’est toujours battue contre cette loi et continuera à la combattre. Elle constitue un recul des droits des salariés, un recul du droit syndical et un recul de la démocratie», a résumé Frank Serra avant d’ajouter: «Cette loi veut nous obliger à faire passer les résultats électoraux avant les revendications et nous crée des difficultés lorsque l’on veut mettre en place de nouveaux syndicats, ce qui est pourtant la base de notre action.» Parmi les délégués qui sont intervenus sur ce sujet, Édouard Guerreiro (Céramique, Côte-d’Or) a évoqué une loi liberticide. «Mais ceux qui voulaient nous faire disparaître en sont pour leurs frais», a-t-il dit en annonçant au congrès que FO était devenue la première organisation syndicale chez Dalkia (groupe Veolia Environnement). Dans sa résolution générale adoptée à l’unanimité, le congrès demande l’abrogation de cette loi «pour revenir aux règles antérieures garantissant la liberté syndicale et le principe de faveur pour les salariés».
Invité au congrès, Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de la confédération FO, a rappelé que l’OIT, sur une plainte de FO, a invité le gouvernement à réviser la loi du 20 août 2008. Il a également évoqué un phénomène qui touche tout particulièrement le secteur du bâtiment: le dumping social via le détachement des travailleurs européens. «Certains salariés ont à peine plus que ce qu’ils auraient dans leur pays d’origine», a-t-il dit. «Or tout salarié européen doit avoir les conditions de rémunération et de travail du pays dans lequel il travaille.»
Stéphane Fortin
«Depuis notre congrès extraordinaire du 31 mai 2012 qui s’est tenu à Dijon, nous sommes dorénavant réunis sous un seul nom: Construction. Un mot qui nous regroupe, nous fédère et nous solidarise.» Présentant son rapport d’activité, adopté à l’unanimité, Frank Serra, Secrétaire général de la Fédération FO Construction, a souligné que ce nouveau nom symbolise «l’esprit de lutte commune, de camaraderie et d’entraide». Autant de qualités qui ne seront pas de trop dans un contexte de crise. «On voit nos voisins européens s’enfoncer de plus en plus dans la précarité, le nombre de personnes au chômage atteindre des sommets, les plans sociaux augmenter, les investissements en constante baisse dans les travaux publics, le nombre de chantiers en recul..., énumère Frank Serra. Face à cela, on nous propose comme seule solution plus d’économies, plus d’austérité, dont les conséquences seront supportées par les salariés.»
Pour Patrick Gardin (Céramique, Charente), soulignant au passage que FO est la première organisation syndicale dans les deux entreprises de céramique du département, Monier et Terreal, «il faut une autre politique. Personne ne veut connaître ce que vivent nos amis grecs ou espagnols». Déjà, la crise a frappé fort dans l’Hexagone.
Nombreux sont les salariés qui ont perdu leur emploi ou qui vivent sous la menace de le perdre. C’est le cas des salariés de la papeterie Stracel à Strasbourg, du fabricant de meubles Cauval, qui vient de déposer le bilan, ou du groupe Parisot, numéro un du meuble français, placé en procédure de sauvegarde le 7 novembre.
LES INDUSTRIELS ET LES FINANCIERS
Pour autant, certaines entreprises s’en sortent très bien, comme en témoigne Patrick Ardouin (Eurovia Angoulême, branche route de Vinci): «Vinci, c’est le triomphe de la cupidité. Le groupe a racheté les autoroutes, les lignes LGV, des concessions dans l’aéroportuaire... Pour un euro investi, c’est un euro de bénéfice qui tombe dans la poche de Vinci.» Mais pas dans celle des salariés d’Eurovia où les négociations annuelles obligatoires frisent l’indigence. «Dans le secteur des tuiles et briques, renchérit Patrick Gardin, ce sont des financiers qui achètent, qui serrent les boulons et qui revendent jusqu’à la mort de la bête. En 2012, l’objectif est de réduire les stocks, la masse salariale, les “coûts” syndicaux, les frais d’entretien... le tout sans aucun investissement. En 2013, c’est comme si on saignait quelqu’un qui souffre de la faim.»
Toutefois, certains entrepreneurs, en se comportant comme tels, parviennent à tirer leur épingle du jeu malgré la crise. Dans le secteur de l’ameublement, qui a connu des arrêts de production, des licenciements, du chômage technique, l’entreprise familiale Fournier (cuisines Mobalpa, salles de bains, placards), qui compte deux sites en Haute-Savoie, est «passée à travers les gouttes», témoigne Franck Giordano, délégué FO chez Fournier. Nul doute que le plan industriel de 80 millions d’euros, lancé sur cinq ans pour moderniser l’outil de production, y est pour quelque chose. Ainsi, dans une conjoncture peu favorable, le chiffre d’affaires devrait augmenter de 2% à 3% cette année et, fait rare dans l’industrie, les effectifs sont en progression. En matière de salaire, les augmentations sont égales à l’inflation, plus 0,5% par an sur trois ans. Mais il est vrai que la Haute-Savoie est un département où le coût de la vie est élevé alors que le salaire moyen chez Fournier est de 1.500 euros net. Et même si la direction se comporte un peu mieux qu’ailleurs, «un patron reste un patron», relativise Franck Giordano. «Comme nous produisons à la demande, cela exige une grande réactivité, qui se paye chez nous par une grande flexibilité.» Lors du réaménagement de l’accord sur le temps de travail, la direction a proposé de travailler jusqu’à cinq heures de plus par semaine en échange de jours de RTT supplémentaires. FO a combattu ce projet qui entraînait un profond changement de l’organisation du travail, mais il est passé par voie référendaire à seulement deux voix d’écart.
DES ÉLECTIONS À GAGNER ET UNE LOI À ABROGER
FO Construction regroupe des secteurs comptant bon nombre de très petites entreprises. Ainsi, sur les 347.000 entreprises du bâtiment, 327.000 emploient moins de dix salariés; dans l’ameublement, 90% des 72.000 salariés travaillent dans des très petites entreprises (TPE). La fédération est donc particulièrement impliquée dans les élections TPE qui auront lieu du 28 novembre au 12 décembre 2012. Dans ces TPE où il n’y a ni présence syndicale, ni accord d’entreprise, la convention collective de branche est la seule protection de ces salariés. Des conventions collectives fragilisées par la loi du 20 août 2008 portant réforme de la représentativité syndicale, qui tend à remettre en question le principe de la règle la plus favorable pour le salarié. «FO s’est toujours battue contre cette loi et continuera à la combattre. Elle constitue un recul des droits des salariés, un recul du droit syndical et un recul de la démocratie», a résumé Frank Serra avant d’ajouter: «Cette loi veut nous obliger à faire passer les résultats électoraux avant les revendications et nous crée des difficultés lorsque l’on veut mettre en place de nouveaux syndicats, ce qui est pourtant la base de notre action.» Parmi les délégués qui sont intervenus sur ce sujet, Édouard Guerreiro (Céramique, Côte-d’Or) a évoqué une loi liberticide. «Mais ceux qui voulaient nous faire disparaître en sont pour leurs frais», a-t-il dit en annonçant au congrès que FO était devenue la première organisation syndicale chez Dalkia (groupe Veolia Environnement). Dans sa résolution générale adoptée à l’unanimité, le congrès demande l’abrogation de cette loi «pour revenir aux règles antérieures garantissant la liberté syndicale et le principe de faveur pour les salariés».
Invité au congrès, Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de la confédération FO, a rappelé que l’OIT, sur une plainte de FO, a invité le gouvernement à réviser la loi du 20 août 2008. Il a également évoqué un phénomène qui touche tout particulièrement le secteur du bâtiment: le dumping social via le détachement des travailleurs européens. «Certains salariés ont à peine plus que ce qu’ils auraient dans leur pays d’origine», a-t-il dit. «Or tout salarié européen doit avoir les conditions de rémunération et de travail du pays dans lequel il travaille.»
Stéphane Fortin

